Mercredi 13 Février. Dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF). Une décision : "confier à chaque élève de CM2 la mémoire d'un enfant français
victime de la Shoah"...
Remettons les choses dans l'ordre : tout d'abord, il y a eu LA lettre, pas celle de Renan Luce mais la lettre de Guy Môcquet qui a lancé une polémique, puis, la rencontre de Nicolas Sarkozy et du
Pape Benoît XVI accompagné de J-M Bigard à Rome. Ensuite vînt la phrase choc à Riyad "l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur" (discours "limite" selon l'Elysée) et enfin
cette décision, sortie de nulle part qui, à chaud, peut laisser perplexe certains mais qui n'éveille en moi, simple spectateur de la scène politique, pas grand chose sur le moment.
Mais heureusement pour moi et pour nous tous, des voix se sont élevées dès le lendemain matin. Pour Annette Wieviorka, historienne française, spécialiste de la Shoah et de l'histoire des juifs au
XXème siècle : "Quand on s'adresse à des enfants de CM2, on parle à une génération qui n'a pas de 'souvenirs' de l'époque en question. On doit inculquer des apprentissages et non lui faire porter
le poids des morts et de leur mémoire"
Dominique de Villepin s'inquiète "de la charge de la mémoire d'un enfant mort. C'est quelque chose de très lourds à porter." Pour François Bayrou "cela risque d'avoir des conséquences
psychologiques et morales très lourdes." Le CRIF : "Lorsque nous avons évoqué la banalisation de l'antisémitisme(...)Notre demande ne portait pas sur le devoir de mémoire, car, en la matière,
beaucoup de choses existent déjà."
Mais la réaction la plus vive fut celle de Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne déportée pour qui, cette proposition est "inimaginable,
insoutenable, dramatique et surtout injuste."
Les réactions sont également très vives du côté des internautes qui, contrairement aux personnalités politiques, ne mâchent pas leurs mots.
Tout ce bruit pour une phrase me rappelle une certaine élection présidentielle 2007 avec une certaine candidate, qui, de passage sur la Muraille de Chine avait fait allusion à la rapidité de la
justice chinoise...Hommes, femmes, enfants (les enfants? non tout de même!) de tous bords confondus lui étaient tombés dessus en criant au scandale. Nicolas Sarkozy se voit infliger le même sort à
ceci près, que quelques irréductibles semblent être favorables à cette proposition. Ainsi, pour François Hollande, "chaque fois que l'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire,
il faut le faire." et Richard Prasquier, président du CRIF est plutôt favorable, à condition qu'elle soit conçue "plutôt dans son aspect pédagogique que comme un devoir de mémoire, il ne faut pas
que l'enfant en retire une culpabilisation."
Avec tout ça, Nicolas Sarkozy va peut-être réussir à mettre de côté sa vie privé mais il lance un débat, celui du religieux, de la spiritualité qui a été, qui est et qui sera toujours d'actualité
mais qu'on ne pourra jamais résumer en un SMS.